Prémisse d’une nouvelle politique agricole mondiale

Réunis les 22 et 23 juin 2011 à Paris, les ministres de l’Agriculture du G20 ont décidé de mieux réguler les marchés agricoles et de prévenir les crises alimentaires. Des mesures, a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, « tout à fait compatibles » avec ce qu’il entend proposer en septembre 2011 dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune (PAC).

L’agriculture s’est donc invitée à la table de négociation des 19 pays + L’Union européenne les plus riches de la planète, du moins ceux qui représentent 85% du commerce mondial.  C’est une première pour un cénacle créé en 1999 après une succession de crises financières. Une ‘intrusion’ justifiée par les spéculations sur les matières agricoles, contribuant elles aussi à des crises, mais de nature alimentaire. Sans oublier la dépendance de plus en plus grande des  prix agricoles au prix du pétrole depuis l’émergence des cultures à grande échelle de biocarburants. Un sujet éludé lors de la réunion de Paris.

Le plan d’action conclu en juin dernier vise à réguler les marchés et à lutter contre la volatilité des prix et comprend plusieurs piliers : réguler les marchés dérivés agricoles, coordonner les politiques pour mieux faire face aux crises, développer des outils de gestion du risque pour les pays les plus pauvres et renforcer l’information pour une plus grande transparence des marchés.

Dacian Ciolos a salué des propositions « tout à fait compatibles avec les enjeux de la réforme de la PAC». Parmi les points communs, la corrélation entre développement durable et agriculture : « L’augmentation de la production agricole doit respecter la question de la bonne gestion des ressources. Il faut aussi mieux prendre en compte tous les systèmes agricoles, la petite comme la grande agriculture » Autant d’éléments que l’on retrouvera dans la réforme de la PAC, a assuré le commissaire.

Par ailleurs, l’UE s’est engagée, comme le préconise le plan d’action du G20, à fournir des données statistiques améliorées sur le marché agricole européen. Ces publications chiffrées devraient permettre, selon le G20, d’enrayer la spéculation. Les données seront intégrées dans un nouveau Système d’information des marchés agricoles (AMIS) qui sera basé à la FAO, à Rome. Reste à convaincre le secteur privé à y participer. Un enjeu de taille quand on sait que quatre entreprises agroalimentaires, connues sous le sigle ABCD (Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus) contrôlent plus de 90% du commerce mondial des céréales.

Une PAC de moins en moins négative pour le Sud

Dans ses conclusions, le G20 a rappelé que la sécurité alimentaire pouvait être mise à mal par les barrières commerciales. « A propos des restrictions et interdictions à l’exportation, je ne conteste pas que, dans certaines circonstances, de telles mesures puissent parfois être nécessaires », a convenu Dacian Ciolos, tout en estimant que « la PAC influence de moins en négativement les autres partenaires ».

Les ministres du G20 ont également soutenu un programme pilote permettant la création de réserves alimentaires humanitaires. L’étude de faisabilité a été confiée au Programme alimentaire mondial qui disposerait d’avoir accès aux stocks alimentaires à temps pour réagir aux crises. Des questions restent ouvertes, comme le reconnaît le commissaire européen à l’Agriculture : « Où fait-on ces stocks ? Qui les paie ? Qui les gère ? Dans quelles conditions les déclenche-t-on ? Comment coordonne-t-on l'utilisation de ces stocks avec le commerce international ? »

M.M.B.