Denise Colomb: un regard humaniste

Denise Colomb, Buveurs de punch, Martinique, 1948. © Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN

Organisée par Nol Bourcier, l’idée de l’exposition Denise Colomb aux Antilles. De la légende à la réalité, 1948-1958 remonte à 1999. La photographe envisageait en effet d’organiser une exposition sur les Antilles. Ce projet n’avait pas encore pu voir le jour car l’artiste est décédée le 1er janvier 2004, à l’âge de 101 ans !

Née Denise Loeb, la photographe opta pour le nom d’artiste “Colomb”,  un nom qui évoque le grand explorateur auquel on doit la découverte de l’Amérique mais qui rappelle aussi la colombe.  

Et c’est vrai que pour Denise Colomb, prendre des photos était comme explorer au quotidien l’humanité : pareille à un oiseau, elle survolait le quotidien et les habitudes des hommes et des femmes avec réalisme et poésie.  

L’exposition au Jeu de Paume, intitulée De la légende à la réalité est une rétrospective de l’œuvre de Colomb qui fait découvrir aux visiteurs une sélection de photographies prises en Martinique, en Guadeloupe et à Haïti entre 1948 et 1958.

Entre ces deux dates emblématiques (la première célébrant le centenaire de l’abolition de l’esclavage et la seconde la fin de l’époque coloniale), l’artiste a photographié la réalité des Antilles ; une réalité fort éloignée de l’idée que se fait le public de ces pays. Sans idées politiques préconçues, elle saisit des instants du quotidien, montrant ainsi le fossé qui sépare la légende et la réalité.   

Des femmes qui bavardent dans les rues, des hommes assis autour d’une table, un verre à la main, des enfants qui jouent dans une cour. Certes, mais aussi les inégalités sociales et le contraste entre la pauvreté de la majorité et l’ostentation de quelques privilégiés. Denise Colomb observe les gens et son angle de vue rappelle le style de ses contemporains comme Robert Doisneau, Édouard Boubat et Willy Ronis.

Et comme Willy Ronis l’explique: “Lorsque je sors avec mon appareil photo, je ne pars pas à la recherche du Saint-Graal. Je ne me sens pas investi d’un message quelconque à faire passer, je ne perçois aucune vibration transcendantale… Je ne lève pas les yeux vers le ciel dans l’attente d’un signe et ne sens pas l’émergence d’une quelconque approche spirituelle; mes yeux sont ailleurs, ils balaient les alentours et regardent l’image capturée à travers mon viseur.”

Ces mots expliquent très bien l’approche utilisée par des photographes comme Colomb. Un regard. Elle ne pose aucun jugement : elle en laisse le soin à son public.  

Le premier voyage de la photographe aux Antilles remonte à 1948, alors invitée par Aimé Césaire à participer à une de ses missions ethnographiques.  

Dix ans plus tard, la Compagnie Générale Transatlantique lui demande de promouvoir l’exotisme, la beauté et le charme des Antilles. Des photos destinées à développer le tourisme mais dans lesquelles on note également, de temps à autre, des aspects moins attrayants.  

C’est durant ce deuxième voyage qu’elle prend des photos en couleur qui sont exposées ici pour la première fois. Elle photographie également des paysages tropicaux qu’elle décrit comme un “inextricable chaos” où “les espèces les plus diverses s’affrontent, s’entrelacent et s’entredévorent”, dans ce qu’on pourrait appeler une vision surréaliste de la réalité.  

Enfin, il ne faudrait pas oublier la partie de l’exposition consacrée à une série de photos résultant d’une erreur de développement : ces photos présentent une réticulation (sorte de plissement dû à un changement de température au cours du traitement) qui procure une sorte de  halo aux clichés.   

Cette exposition a été produite en coopération avec la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine (Direction de la photographie), en partenariat avec Africultures, Azart Photographie, Polka Magazine et Tropiques FM. Elle fermera ses portes le 28 décembre.

Elisabetta Degli Esposti Merli