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Édition N° IX

L’accent mis sur l’immigration ne doit pas faire oublier les efforts au profit du développement

Interview avec la ministre plénipotentiaire Elisabetta Belloni, ministre italienne des Affaires étrangères et directrice générale des services italiens de coopération au développement.

Naples. Siège de la direction de la Chambre de commerce, 2009.

Quelles sont les priorités de la politique italienne en matière de développement ?
 
Pour la première fois, l’Italie a pu élaborer une stratégie pour les trois prochaines années, stratégie mise au point en étroite collaboration avec tous les acteurs de la coopération au développement en Italie. Le ministère des Affaires étrangères a veillé à impliquer les régions, la société civile et le secteur privé, afin d’obtenir une sorte de stratégie commune par rapport aux pays en voie de développement et de favoriser son efficacité.

Les lignes directrices étaient basées sur notre effort commun pour améliorer les effets de la présidence italienne du G8 et mieux les accorder à nos priorités en matière de développement, priorités qui se retrouveront – du moins nous l'espérons – dans les résultats du G8.

Les secteurs identifiés sont la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire et l’environnement, en accordant une attention particulière à l’eau. 50% de nos fonds seront consacrés à l’Afrique subsaharienne.

En période de crise internationale, alors que toute la communauté des donateurs réduit ses fonds, nous pensons qu’il est nécessaire que les gouvernements augmentent les ressources consacrées au développement. L’Afrique est une priorité pour nous, et certains secteurs sont prioritaires. Mais l’approche transversale est extrêmement importante dans certains domaines. C’est le cas notamment pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Nous avons aussi essayé de rationaliser les canaux de distribution des fonds : les aides multilatérales et bilatérales. Nous continuons d’accorder beaucoup d’importance au système de l’ONU et aux institutions financières internationales. Nous avons identifié leur rôle spécifique et leur valeur ajoutée potentielle par rapport à notre contribution, ainsi que la valeur ajoutée à leurs programmes par l’Italie.

Dans certains pays, l’État hésite à partager la responsabilité de sa politique de développement avec les régions. Qu’en est-il en Italie ?

Nous sommes favorables à la coopération décentralisée et au respect des lois concernant les compétences des régions en matière de coopération internationale au développement. Nous nous engageons à encourager toutes les régions engagées dans la coopération au développement à collaborer avec nous. Nous leur avons demandé de participer à l’élaboration des priorités et des lignes directrices de notre stratégie de coopération.

Comment pouvez-vous conserver une politique de développement forte, alors que votre budget de développement a été réduit d'environ 55% cette année ?

Il est vrai que les restrictions budgétaires représentent un problème sérieux pour la coopération italienne. Comme je le disais, notre planning financier couvre une période de trois ans. Les réductions auront aussi des effets sur nos engagements financiers de l’année prochaine et sur le budget pour 2011. Il s’agit d’un problème majeur. Nous tenons beaucoup à ce que l’opinion publique italienne sache que l’argent consacré à la coopération au développement n’est pas seulement important pour notre politique de coopération, mais détermine aussi notre contribution à la stabilisation mondiale, dans le contexte global du mouvement de mondialisation que nous observons actuellement. Nous devrions être de plus en plus sensibles à l’aide à la croissance économique, à la réduction de la pauvreté et au recul des maladies dans d’autres pays moins avancés. Ces efforts sont importants aussi pour notre propre stabilité à long terme. Je n’ai pas peur de dire, par exemple, que l’accent important que nous mettons sur les conséquences des flux migratoires ne doit pas nous faire oublier que l’intervention réelle doit commencer par une contribution au développement des pays de départ des immigrés. Je souhaite vraiment que les grandes restrictions budgétaires soient ajustées au cours de l’année, mais je dois aussi attirer l’attention sur notre devoir d’aide face à la crise financière qui touche notre pays, ce qui implique la recherche de ressources additionnelles pour financer le développement, notamment auprès du secteur privé. En outre, nous devrions probablement commencer à réfléchir en termes d’un nouveau concept de développement, qui mette l’accent sur le commerce et sur d’autres mécanismes.

Quelle est la place accordée au développement à l’ordre du jour de la présidence italienne du G8 ?

L’Italie a investi beaucoup d’énergie dans la gestion de la présidence du G8. Les questions de développement représenteront la plus grande partie du dossier. Bien entendu, je ne veux pas anticiper sur les résultats du Sommet, mais je peux dire que l’Italie espère vraiment donner une impulsion particulière au développement. Le G8 devrait réaffirmer l’engagement des grands pays donateurs et leur responsabilité par rapport à l’évolution des pays en voie de développement. Nous ferons la promotion d’un concept “d’implication de tous les acteurs du développement”, qui dépasse l’aide officielle au développement et vise à montrer qu’un véritable processus de développement doit englober toutes les aides aux pays en voie de développement, tous les acteurs et tous les outils.

Hegel Goutier

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