Aaron Mokoena : capitaine exemplaire des Bafana Bafana
Quelle est la raison d’être d’Aaron Mokoena, capitaine des Bafana Bafana (Garçons), l’équipe nationale sud-africaine de football? Nous nous sommes entretenus avec lui alors qu’il se préparait pour la Finale de la Coupe du monde de la FIFA qui a lieu dans son pays.
Aaron Mokoena with project participants.
© Aaron Mokoena Foundation
Le 11 juin 2010, l’homme mènera ses joueurs sud-africains sur le terrain pour le match d’ouverture de la Coupe du monde de la FIFA, contre le Mexique. Un événement qui se déroulera au Soccer City de Johannesburg, rénové et modernisé pour l’occasion. Baptisé Calabash, le stade rappelle, par sa conception, la fameuse poterie africaine du même nom, et se situe à un jet de pierre de Soweto, un township qui ne vit pratiquement que pour le football.
Aaron joue actuellement au Portsmouth FC, une équipe qui a connu des hauts et des bas durant cette saison. Aujourd’hui lanterne rouge de la Barclays’ Premier League (et d’ailleurs déjà été relégué en Championship, l’équivalent de la deuxième division et placé en curatelle pour cause de dettes), le club est néanmoins parvenu en finale de la FA Cup qui aura lieu le 15 mai, à Londres, au Stade de Wembley. Une finale qui l’opposera à Chelsea, le numéro un de la League, au moment de la mise sous presse du Courrier.
Quel message Aaron adresserait-il aux jeunes qui souhaitent marcher dans ses pas ? “Je leur dirais simplement de suivre leur cœur, mais surtout, de faire les choses sérieusement”, a-t-il expliqué à la veille d’un des quatre derniers matchs joués cette saison par Portsmouth en Premier League. “Le parcours sera marqué par de nombreux sacrifices. Il vous faut vous y préparer, mais il faut aussi en profiter”, ajoute le milieu de terrain, âgé de 29 ans.
Aaron est né dans le township de Boipatong, à 45 minutes de route au sud de Johannesburg. “J’ai toujours aimé faire du sport. J’ai ainsi fait du basket et du volley”, nous dit-il. Jeune joueur, il a été remarqué par la légende du football sud-africain, Jomo Cosmos, qui avait son propre club éponyme. “Jomo m’a vu jouer et m’a contacté”, explique Aaron. Au cours des deux années suivantes, Aaron joue donc en Afrique du Sud avant d’être sélectionné, à l’âge de 17 ans seulement – un record qu’il détient toujours – pour faire partie de l’équipe nationale sud-africaine.
S’adapter à la vie en Europe
Agé de 18 ans à peine, Aaron quitte l’Afrique du Sud pour le club allemand du Bayer Leverkusen, avant de rejoindre l’Ajax d’Amsterdam aux Pays-Bas. Après avoir joué en Belgique, au KRC de Genk et au Germinal Beerschot d’Anvers, il part en 2005 pour le Royaume-Uni. Il y jouera pour le Blackburn Rovers avant de rejoindre, cette saison, le Portsmouth FC. Il évoque à quel point ce fut pour lui un déchirement de quitter l’Afrique et de passer le reste de sa jeunesse en Europe. Un processus d’adaptation difficile. “Je voulais vivre mon rêve. J’étais vraiment fou de football, je voulais réussir comme footballeur professionnel et aujourd’hui, je peux dire que j’y suis arrivé”, nous confie-t-il.
Impatient d’offrir en échange quelque chose à son pays, il crée l’année dernière, à Boipatong, la Aaron Mokoena Foundation, qui a pour objectif de promouvoir le football en Afrique du Sud et de hisser ce sport au niveau international, à l’instar des équipes nationales de rugby et de cricket. Un autre objectif est de développer les capacités des jeunes au sens large par le sport. “L’idée est de créer des opportunités pour les filles comme pour les garçons. Je souhaite laisser quelque chose en héritage”, nous dit-il. En tant que capitaine de l’équipe nationale, il fait figure de référence pour beaucoup de Sud-Africains. “La fondation utilise le football comme un véhicule tout en aidant la jeunesse à s’épanouir dans le sport et dans leur vie en général, au bénéfice de l’avenir de l’Afrique du Sud. Devenir footballeur n’est pas donné à tout le monde. De toute façon, l’Afrique du Sud a aussi besoin de médecins, de gestionnaires, d’enseignants,… .”
La Fondation sponsorise divers projets axés sur le développement des compétences en matière d’entraînement, notamment à l’échelon communautaire, la création de classes de football dans les écoles, l’accès des jeunes filles et des femmes au football et le développement des ligues junior locales en vue d’améliorer l’accès au football de compétition. L’accent est également mis sur l’amélioration des infrastructures sportives. Aaron y a été de sa poche pour financer la Fondation. Celle-ci a aussi ses propres sponsors, mais elle recherche activement d'autres partenaires. “Libre à d’autres de nous rejoindre et de nous aider”, nous dit-il.
“Mbazo”
Surnommé “Mbazo”(“ l’axe”) pour ses prodigieux tacles, Aaron nous dit qu’il doit ce surnom à sa volonté inébranlable, son dynamisme et sa persévérance. “Je prends naturellement les choses très à cœur mais en même temps, je suis quelqu’un de très humble. Le succès ne me monte pas à la tête. Je reste maître de ma vie et de ma destinée. Je tiens à rester moi-même, je ne veux pas devenir quelqu’un d’autre. J’ai envie de vivre à fond et d’être jugé de manière positive”, explique-t-il. Quand il ne joue pas, il se détend en jouant au golf et au billard, en regardant des films, en lisant et en écoutant de la musique : “Toutes les musiques, pourvu qu’elles me donnent envie de danser.”
Et comment le champion se prépare-t-il aux grandes rencontres de cet été ? “Tout est une question d’entraînement. La veille du match, j’aime rester seul pour pouvoir réfléchir dans le calme au prochain match. Le jour même, je préfère ne pas y penser. J’écoute alors de la musique jusqu’au coup de sifflet de l’arbitre.”
Il se réjouit déjà à l’avance de conduire l’équipe nationale sur le terrain du Calabash – le stade historique où Nelson a organisé son premier grand meeting public à sa sortie de prison, en 1990. Pour Aaron, les prochaines semaines s’annoncent très chargées. Après l’entraînement pour la Finale de la FA Cup, il a rejoint l’équipe nationale sud-africaine pour préparer avec elle la Coupe du monde. La finale de la FA Cup est aujourd’hui au temps fort de sa carrière ; avant cela, il avait participé à la Coupe du monde de la FIFA de 2002, au Japon et en Corée du Sud.
Impossible de lui tirer les verres du nez pour connaître son pronostic pour la Coupe du monde : “Je pense que cette édition de la Coupe du Monde apportera son lot de surprises.” C’est la première fois que cette manifestation sportive majeure se déroule sur le continent africain. “J’espère que les pays d’Afrique seront à la hauteur. Et surtout l’Afrique du Sud, qui devra se classer en bonne place. Nous nous entraînons donc à fond pour l’instant”, ajoute-il.
Jouera-t-il encore à Portsmouth la saison prochaine ? “Pour l’instant, je n’y vois pas encore très clair. Je dois m’entretenir avec les administrateurs du club et voir quels sont leurs projets. Ce qui compte pour moi, c'est de jouer ”, nous répète-il
“J’ai eu la chance extraordinaire d’avoir été soutenu par de grands entraîneurs, comme Carlos Parreira [actuel entraîneur de l’équipe nationale sud-africaine] qui m’a expliqué qu’il faut toujours rester maître de sa vie et ne pas se laisser aveugler par la renommée. Il garde précieusement en tête les paroles de son coach de Portsmouth, Avram Grant: “Dans le football [et dans la vie], il faut savoir tirer les leçons des expériences négatives et les oublier.”



